Mon histoire d’amour avec le cténopharyngodon
idella (amour blanc) commença en 1998. Cette année
là, je pris mes deux premiers amours blancs. Le plus
gros pesait 12 kg pour plus d’un mètre. Quelle
joie à cette époque de revenir avec un appareil
photo attestant cette prise ! Surtout que ce poisson était
plutôt rare. Depuis ce jour, en plus de dame carpe,
je traque les amours blancs plusieurs fois dans l’année.
Présentation de la « bête
».
Ce poison qui ressemble à un gros chevesne appartient
à la famille des cyprinidés. Il nous vient de
Chine plus précisément du fleuve Amour. Son
corps est allongé avec des écailles moyennes
à grandes. Sa ligne latérale est complète.
Ses nageoires anales et dorsales sont courtes. Sa nageoire
caudale est échancrée. Son dos est foncé
et ses flancs clairs, parfois dorés pour certains sujets.
Presqu’uniquement herbivore (pas totalement), c’est
un consommateur/dévoreur de végétaux
divers et variés. Il peut en effet manger plus de 100%
de son poids de nourriture par jour. Sa bouche si dure est
totalement adaptée à son régime phytophage.
Son activité alimentaire est maximale de mai à
septembre. Ce sont alors de véritables moutons d’eau
douce. A l’heure actuelle les amours sont présents
aussi bien dans le domaine privé que public. Quelle
chance pour ceux qui les traquent ! A noter quand même
que son introduction est prohibée dans les eaux publiques.
Pourquoi tant de haine pour un poisson qui ne se reproduit
presque jamais dans nos eaux et qui ne génère
pas plus de dégâts que d’autres espèces
? Tout est question de bon équilibre piscicole.

Stratégies d’amorçage,
montages et présentations.
Avant toute chose l’observation est comme pour la pêche
de la carpe un maillon de la chaîne réussite.
Elle permettra de déceler la présence des amours
qui n’hésitent pas à montrer le bout de
leurs nageoires. Il existe d’autres indices comme un
jonc qui se déplace (seul !?!) ou encore des restes
de végétaux arrachés à outrance
sur une parcelle… Autant de signes à prendre
en compte pour le choix du poste. En étant discret
on peut observer des amours se baladant en banc à l’image
des ablettes, surtout quand le temps est très ensoleillé
(temps caniculaire) ou orageux. Rien de plus impressionnant
que de tomber sur une horde d’amours blancs dont chaque
individu mesure bien souvent plus d’un mètre.
La température de l’eau (supérieure à
15°C) et l’orientation du vent sont aussi des éléments
très importants à prendre en considération.
Trouvez les végétaux en abondance et l’amour
se déclarera à vous.
Une fois le poisson localisé et le poste choisi les
choses sérieuses commencent. Les amours blancs sont
difficiles à détourner de leur nourriture naturelle.
A la belle saison, quand les eaux sont chaudes et que leur
activité alimentaire est maximale, il ne faut pas hésiter
à avoir la main lourde voire très lourde. Le
rappel est souvent primordial afin de maintenir l’activité
alimentaire des poissons présents sur le coup.
Tout type de graines comme la tiger, les graines pour oiseaux
ou le maïs sont des mets de choix pour l’amour.
Les bouillettes sont également d’excellents appâts
à condition de les adapter à leur régime
alimentaire (à vos tables). Ces dernières avec
un diamètre suffisant permettront de lutter contre
la blanchaille dans le cas où elle serait fortement
présente sur les lieux. La tiger permettra de lutter
plus efficacement contre les poissons chats. J’ai aussi
remarqué que les bouillettes contenant de l’huile
essentielle à base de plantes s’avéraient
plus efficaces. Le message olfactif gagne davantage la surface
de l’eau.
Quand on connaît le temps passé par les amours
en surface ou entre deux eaux, on comprend vite l’intérêt
d’une huile essentielle. Pour ceux qui voudraient être
originaux et se distinguer des autres pêcheurs, tous
les fruits et légumes que nous consommons sont des
friandises parfaitement adaptées à l’amour
blanc (melon, courgettes, trognon de salade, pommes…).
Le choix est immense… Avec une bonne stratégie
et de bons appâts il est possible de déclencher
chez les amours une vraie frénésie alimentaire.
Dans ce cas les touches peuvent se succéder à
un rythme effréné.
Côté montage (voir photos), il faut du costaud
et rien que du costaud. L’amour est adepte des violents
coups de tête. Autant dire qu’il y a du sport
même si le combat ne commence réellement qu’à
quelques mètres du bord. La bouche de l’amour
est dure, très dure. Il faut donc un plomb lourd d’au
moins 140 g (et c’est vraiment un minimum) sinon la
décroche sera coutume. Mon plomb est fixé sur
un clip plomb classique enfilé sur de la leadcore.

L’hameçon doit avoir une pointe droite et parfaitement
aiguisée afin de bien pénétrer dans cette
bouche cartilagineuse. Les hameçons ayant une longue
hampe ont ma préférence ( SB 300 starbaits ).
Ils doivent être forts de fer sinon le risque de les
ouvrir est grand. Concernant le matériau pour le bas
de ligne (30cm grand maximum), les tresses à dénuder
sont parfaites. Vous pouvez également confectionner
un bas de ligne combiné de leadcore ou d’ amnésia
en partie haute et de tresse souple en partie basse.

Les présentations flottantes sont assez intéressantes
du fait qu’elles se distinguent du reste de l’amorçage
(saisie facilitée).

Cependant il ne faut pas négliger
les présentations denses malgré les «
on dit », sinon quel est l’intérêt
d’un amorçage massif. Question de logique je
pense ! Il ne faut pas hésiter à varier les
présentations jusqu’à trouver la plus
efficace du moment. Un point très important qu’il
ne faut pas oublier : l’amour attrape son appât
contrairement à la carpe. Par conséquent le
cheveu doit être le plus court possible afin que l’amour
se saisisse de l’ensemble et non de l’appât
uniquement (attention aux fausses touches dans ce cas). D’ailleurs
les touches se traduisent le plus fréquemment par la
montée/descente du swinger du fait des coups de tête
d’après saisie.
Le combat.
Après la touche lors de la prise de contact et s’il
n’y a pas d’obstacle ou de berge à proximité
on peut avoir l’impression de ramener une grosse branche
ou un petit poisson peu combatif. Mais arrivé près
du bord, l’amour se déchaîne!! Même
quand on pense avoir combat gagné, il n’en est
rien. Il faut donc être vigilant jusqu’au bout
et régler son frein avec précision pour parer
les coups de têtes très puissants. Ce poisson
est capable de repartir des dizaines de fois avec violence
avant de se rendre. Notre bras se retrouve souvent tétanisé
en fin de combat. Attention lors de la mise à l’épuisette
car l’amour est un destructeur de filet qui, dès
le moindre frottement, repart telle une fusée.

Séance photos et remise à l’eau.
Ca y est le colosse est dans les mailles du filet. ENFIN !
Mais attention car c’est un colosse aux pieds d’argile.
Il faut lui faire une place sur un tapis digne de ce nom sinon
le drame est inévitable. Optez pour un tapis de très
grande taille type bateau qui permet de renfermer le poisson
quand nécessaire ou bien utilisez deux grands tapis
(un servant de couverture au cas où). En effet sur
un tapis normal les coups de queue risqueraient de l’expulser
à terre et là, c’est la blessure (écailles
en moins…). De même, grande vigilance lors de
son maintien dans les bras et attention aux coups de queue
dans la tête (ça fait mal croyez moi). Les séances
photos à rallonge sont à proscrire car l’amour
stresse énormément. Si vous êtes seul,
préparez votre trépied/appareil photo à
l’avance et réglez la distance entre le tapis
et l’appareil de façon à gagner du temps.
L’utilisation d’un sac de conservation ne doit
se faire qu’en cas de force majeure et se limiter à
quelques minutes sinon DANGER DE MORT.

Lors de sa remise à l’eau, il est important de
le ré oxygéner pendant de nombreuses minutes
sinon il se mettra de lui-même sur le flanc pour reprendre
des forces (et là c’est stressant pour le pêcheur
car on se demande forcément si le poisson n’est
pas mort).


Conclusion.
L’amour blanc est un poisson qui vaut le détour.
Le pêcher est passionnant et laisse des souvenirs mémorables.
Et surtout quel poisson majestueux tout de même ! De
quoi embellir n’importe quel album de pêche. Je
vous souhaite de trouver l’amour mais surtout n’oubliez
pas que c’est un colosse aux pieds d’argile dont
il faut prendre le plus grand soin. En espérant que
dame carpe ne soit pas jalouse…
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